Back to basics : le vrai Père Noël.

21 Déc

Nous sommes le 21 décembre et il y a déjà un mois qu’on le voit partout.

Sur des affiches publicitaires, il nous enjoint à acheter un chapon farci en promo au rayon boucherie du Leclerc du coin. Dans les grands magasins, il ravit ou plus souvent effraie les enfants que des parents nostalgiques jettent sur ses genoux pour une séance de selfies inoubliables. Surgissant des coins de rue, seul ou entouré de ses mille clones bedonnants, promenant son pourpoint rouge et blanc et sa fausse barbe sur l’air de « Vive le Vent », il distribue des friandises de mauvaise qualité d’un air bonhomme.

Aujourd’hui, le Père Noël incarne parfaitement l’imposture d’une fête en carton-pâte qui ne signifie plus rien si ce n’est la course effrénée aux cadeaux conclue par plusieurs prévisibles indigestions.

 

Mais il n’en a pas toujours été ainsi.

Fut un temps où des peuples germaniques qui n’avaient jamais entendu parler d’un quelconque galliléen ne célébraient pas Noël, mais festoyaient pour Yule. Grande fête du solstice d’hiver, nuit pendant laquelle Heimdall –père mythologique de l’Humanité toute entière, et de fait Père Noël original – est réputé rendre visite à ses enfants.

Heimdall donc, Dieu nordique des commencements, un personnage autrement plus SWAG et tangible qu’un vieux fake qui distribue des bons points une fois par an sans aucune légitimité, débarqué du fin fond du Pôle Nord sur un traîneau volant.

 

Tirée de l’Edda poétique, la Rigspula relate les aventures terrestres de notre héros et de fait les débuts de l’Humanité tripartite.

Heimdall se présente successivement, sous le nom de Rig, dans trois foyers de classes sociales différentes. Chaque couple, en fonction de ses moyens, lui offre l’hospitalité. Et en guise de remerciement, à l’issue de chaque séjour, Heimdall fait don de sa semence sacrée à la femme de son hôte (il le fait cocu, quoi).

Neuf mois plus tard :

  • la femme pauvre accouche de Thrall, un enfant difforme, hideux mais néanmoins bien bâti, qui va passer toute sa vie tout en bas de l’échelle alimentaire. Malgré ses handicaps, Thrall finit par pécho une femme tout aussi affreuse que lui. Et ensemble ils engendrent hors mariage de nombreux enfants promis à un brillant avenir, aux prénoms évocateurs : Bouvier, Brute, Beugleur, Taon, Maquereau, Puant, Bûche, Gros, Mou, Grand-en-jambes, Tordu, Gris, Bûchette, Courteaude, Jambes-grasses, Laide-du-nez, Bruyante, Domestique, Débraillée, Pattes-de-grue. Ainsi prend corps la communauté des esclaves.
  • La femme de la middle-class accouche de Karl, un enfant rouquin, mais malgré tout plutôt beau gosse et costaud, qui finit par devenir un artisan respecté. Il prend pour épouse une jeune femme bien sous tous rapports, et ensemble ils engendrent la caste des travailleurs, à travers leurs nombreux enfants : Homme, Fort, Terrien, Libre, Artisan, Large-d-épaules, Maître-de-Halle, Maître-fermier, Femme-digne, Jeune-mariée, Svelte, Altier, Femme, Fier, Epouse, Timide, Gracieuse
  • La femme noble accouche de Jarl, un enfant blond, solaire, qui manifeste très rapidement un goût particulier pour la poésie, la nature et le maniement des armes. Il semble si spécial qu’Heimdall revient spécialement sur Terre pour lui enseigner les Runes et l’initier à la magie.

Après maintes péripéties, Jarl s’unit à une femme – noble elle aussi – et ils engendrent la caste sacerdotale : Fils, Enfant, Progéniture, Héritier, Descendant, Garçon, Parent, Noble, …

 

Au-delà des classes sociales, du milieu d’origine, les fils de Heimdall sont avant tout les incarnations d’archétypes moraux et spirituels.

Le Thrall, bien que fort physiquement, est moralement faible, ne cherche pas à s’élever, se complait dans le confort conféré par la douce médiocrité de sa nature. Il adhère pleinement à la morale de l’esclave, cette morale qui fait pré-exister le Mal, en réaction duquel le Bien se définit sans engager la le moindre élan positif et personnel. L’âme thrall ne vit que pour servir, être utile, dans un désir de validation égoïste passif.

Le Karl est un homme talentueux, libre, fiable et droit, qui fait ce qu’il a à faire sans chercher à influencer le cours des événements, ni se soucier des opinions étrangères.

Le Jarl est un homme spirituel, créatif, pédagogue, animé d’un principe vital brûlant, qui consacre sa vie à la quête du beau, du bon et du vrai. Il est le roi-prêtre qui cherche à accomplir son destin personnel.

 

Ainsi est révélé l’ordre permanent des castes, la structure pyramidale essentielle de la société qui finit toujours par se rétablir, quelles que soient les circonstances. Entre la société européenne traditionnelle (composée de rois-prêtres initiés, d’aristocrates chevaleresques et d’hommes libres jouissant du fruit de leur travail), et la société post-moderne (composée d’une élite de ploutocrates psychopathes, de wannabes matérialistes cocaïnés au milieu, et de salariés vivant à crédit à la base), il n’y a aucune différence de structure, mais seulement une différence de niveau, de valeur, et donc de légitimité.

 

Rien à voir avec Rudolf et les lutins.

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